Partiels en temps de pandémie : mobilisations à la Sorbonne

Pour 1,7 million d’étudiants dans les universités, cette rentrée s’est déroulée sous le signe de l’incertitude. Incertitude concernant la reprise des cours en présentiel et l’organisation du second semestre, incertitude également quant au déroulement des partiels, organisés par la plupart des universités au début du mois de janvier. À la Sorbonne, de nombreux étudiants ont décidé de bloquer les salles d’examens, dénonçant la tenue de ces derniers en présentiel alors que la menace d’une troisième vague de contamination se fait sentir.

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Blocages, boycotts et copies blanches

Le lundi 4 janvier, dès 6 heures, des dizaines d’étudiants ont organisé des blocages physiques, afin d’empêcher la tenue des partiels en présentiel sur les différents sites de la Faculté des lettres de la Sorbonne. Devant les centres de Malesherbes, Clignancourt et de la Sorbonne mère, la mobilisation s’est poursuivie tout au long de cette semaine d’examens. La police est intervenue à plusieurs reprises, afin de permettre le déroulement de ces épreuves de clôture du premier semestre, rendant difficile voire impossible tout blocage physique des salles. Des étudiants ont ainsi décidé de ne pas composer ou de rendre des copies blanches, accompagnées de la mention « étudiant.e en grève ».

Une organisation jugée injuste par les étudiants

Les étudiants de la Sorbonne avancent plusieurs éléments pour justifier leur mobilisation. Tout d’abord, ils dénoncent les inégalités créées par une telle organisation. En effet, certains ont pu passer leurs partiels depuis chez eux tandis que d’autres ont eu à se déplacer, les modalités d’examens étant différenciées selon les départements de l’université, mais aussi selon les matières étudiées. Par ailleurs, ils rappellent les difficultés socio-économiques générées par la crise sanitaire et leurs conséquences sur le niveau de vie des étudiants. Ensuite, le risque sanitaire est également dénoncé par les étudiants mobilisés. Ces derniers estiment que la tenue des partiels au sein de l’université est une menace pour leur santé, peu de temps après les fêtes de fin d’année et la découverte de nouveaux variants du virus, plus contagieux. Cette crainte est renforcée par l’absence d’aménagements pour les étudiants infectés par la Covid-19. Certains ont ainsi décidé de se rendre à leurs examens malgré la maladie, pour ne pas recevoir la note de 0 et être convoqués aux rattrapages, ayant lieu beaucoup plus tard dans l’année. L’organisation d’examens de « substitution » à destination des étudiants malades était pourtant une recommandation faite aux universités par le ministère de l’Enseignement supérieur. Enfin, les étudiants dénoncent un manque de cohérence dans l’organisation des partiels en présentiel, après 3 mois de cours dispensés en ligne.

Lucas* est étudiant en deuxième année de licence au sein de la Faculté des Lettres de la Sorbonne et a participé à cette mobilisation. Il dénonce ce qu’il considère comme une injustice : « Si aujourd’hui j’ai refusé de passer tous mes examens en présentiel, c’est pour avoir des partiels plus justes, parce que les examens [que l’université nous propose] ne le sont pas. Certains étudiants ont eu des cours quelques semaines avant les partiels uniquement à distance, nous avons eu des enseignements où parfois il n’y a même pas eu de professeur, et aujourd’hui on nous demande de passer des examens en présentiel comme si tout allait bien. Ensuite, les examens en présentiel sont très inégalitaires parce qu’aujourd’hui les étudiants malades du Covid ne bénéficient d’aucun aménagement : ils devront donc se présenter aux rattrapages, le problème étant qu’il n’existe pas de rattrapages de rattrapages. Enfin, des étudiants de troisième année de licence seront sélectionnés en fin d’année universitaire pour un master, avant les rattrapages, donc avec des zéros sur leur bulletin. Globalement, nous demandons des partiels justes et une compréhension de la situation des étudiants. »

Plusieurs aménagements sont demandés par les étudiants mobilisés : certains souhaitent des partiels à distance ou mixtes – en présentiel ou à distance, au choix – d’autres demandent de transformer les examens de fin de semestre en devoirs à faire à la maison ou leur annulation. C’est ce que défend Lucas* : « Je trouve que c’est le plus logique dans la situation que l’on connaît aujourd’hui, avec des étudiants de plus en plus en détresse et la crise du Covid qui a renforcé les inégalités déjà présentes. » Une enseignante a à cet égard publié dans Mediapart une « lettre ouverte » à la Sorbonne, dans laquelle elle annonce annuler le partiel de sa matière qui devait avoir lieu le 7 janvier. La direction de Sorbonne Université n’a cependant pas communiqué d’éventuels aménagements. Quelques UFR (Unité de Formation et de Recherche) ou professeurs ont ainsi décidé indépendamment d’adapter leurs épreuves.

Un sentiment d'invisibilisation

Cette mobilisation s’inscrit dans un contexte plus global. Depuis plusieurs mois, les étudiants se sentent en effet oubliés, l’enseignement à distance étant devenu la règle. Nombreux sont ceux qui expriment leur détresse face à cette situation appelée à se prolonger. Depuis plusieurs jours, les étudiants partagent par exemple leurs difficultés sur Twitter à travers le hashtag #Étudiantsfantomes. À la Sorbonne, Lucas* dénonce une situation qui se poursuit depuis le début de la crise sanitaire, un « mépris des étudiants, de leurs revendications et de leur détresse » : « On pourrait dire que depuis le début de l’année [2021], la Sorbonne ne fait rien, mais ça ne serait pas tout dire, parce qu’en réalité, cela fait des mois que des étudiants, syndicats et professeurs alertent l’université, avant même cette crise des partiels. […] De façon générale, un sixième des étudiants en décrochage scolaire depuis le confinement, cela témoigne du manque de suivi et de rigueur de nos universités. » D’autres étudiants se sont ainsi mobilisés contre la tenue des partiels en présentiel, comme à Évry, Perpignan ou Lille.

La ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal avait affirmé le 15 décembre au Figaro que « Tout [était] mis en œuvre pour que les partiels, lorsqu’ils ont lieu en présentiel, se déroulent dans le respect des gestes barrières ». Lors de la conférence de presse du 14 janvier dernier, le Premier ministre Jean Castex a annoncé le retour des étudiants de première année à l’université en demi-groupe dès le 25 janvier. Les autres niveaux pourront reprendre ensuite, si la situation sanitaire le permet. Frédérique Vidal a également annoncé le doublement des psychologues au sein des universités.

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Auteur : Elise Ceyral

Présentation : Etudiante à Sciences Po, passionnée de presse écrite et d'actualités.

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